Chaque samedi matin, à quelques centaines de mètres des eaux vertes du lac de Lacanau, une odeur de résine et de bois chauffé s'échappe d'un atelier discret. C'est ici, dans ce chantier tenu par les bénévoles du Comité de Lacanau de la Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin, qu'une pinasse de pêche lacustre reprend peu à peu forme. La coque, déposée là il y a trois ans par une famille du village, était verdie de mousses et percée en plusieurs endroits. Aujourd'hui, elle brille à nouveau d'une teinte châtaigne et sent le calfatage frais.
La pinasse lacustre est un bateau à fond plat, légèrement relevé à l'avant et à l'arrière, conçu pour naviguer dans les eaux peu profondes du lac et des courants forestiers de la lande girondine. Longue d'environ sept à neuf mètres, elle était l'outil quotidien des pêcheurs qui tendaient leurs filets à l'aube, avant que le tourisme de masse et les moteurs hors-bord ne reléguent ces embarcations silencieuses au fond des granges. Sans l'intervention de bénévoles comme ceux du comité, beaucoup de ces barques auraient simplement pourri, emportant avec elles des décennies de savoir-faire.
La restauration d'une pinasse ne s'improvise pas. Après un diagnostic complet des membrures, de la quille et des virures, l'équipe décide quelles planches doivent être remplacées et lesquelles peuvent être consolidées. Le bois utilisé — principalement du pin des Landes pour l'âme de la coque et du chêne pour les pièces structurantes — est choisi avec soin, souvent fourni par des scieries locales qui connaissent le projet. Le calfatage à l'étoupe et au mastic de lin, technique ancestrale, est pratiqué à l'identique des méthodes utilisées par les charpentiers de marine landais du XIXe siècle.
Au-delà du geste technique, c'est toute une culture qui se transmet. Les bénévoles les plus expérimentés — certains issus de familles de pêcheurs ou de sauveteurs en mer — prennent le temps d'expliquer l'histoire de chaque bateau : pourquoi telle forme de proue favorise la stabilité par vent d'ouest, comment lire les marques de flottaison pour deviner l'usage passé d'une barque. Les plus jeunes arrivent parfois sans aucune expérience du bois ou de l'eau ; ils repartent avec des gestes précis et une compréhension intuitive du paysage lacustre.
« Mon grand-père me disait que le lac nourrit ceux qui le respectent. Voir cette barque revivre, c'est comme si une partie de lui revenait aussi. »
— Jean-Pierre Médard, propriétaire de la pinasse en restauration
La pinasse actuellement en cours de restauration appartient à la famille Médard, dont les ancêtres pêchaient sur le lac depuis au moins quatre générations. Jean-Pierre Médard, 68 ans, vient régulièrement au chantier les fins de semaine. Il n'est pas menuisier, mais ses mains se souviennent d'avoir tenu les avirons dans l'enfance. « Mon grand-père me disait que le lac nourrit ceux qui le respectent, » confie-t-il. « Voir cette barque revivre, c'est comme si une partie de lui revenait aussi. »
Une fois achevée — probablement au printemps prochain — la pinasse Médard participera aux sorties en lac organisées chaque été par le comité, qui accueille habitants du village, touristes et groupes scolaires à bord des embarcations restaurées. C'est là que le patrimoine cesse d'être un objet de musée pour redevenir ce qu'il a toujours été : une façon d'habiter le territoire, les mains dans l'eau et les yeux sur l'horizon du lac.